120x70x3,5cm
Chimère
Série: Paysages
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Dans Chimère, Sylvia Rhud condense en un seul visage les puissances diffuses qu’elle explore dans ses paysages. Ce visage semble émerger — ou se dissoudre — dans une matière en fusion. Il n’est ni humain ni animal, ni élémentaire ni mythologique : il est fusionnel, traversé de forces contradictoires.
Les yeux clos, à la limite de l’effacement, évoquent une forme de transe ou d’aveuglement. La bouche entrouverte est une parole étouffée, à un souffle archaïque. Le nez semble taillé dans un bois fossilisé ou une pierre volcanique. Ce n’est pas un portrait : c’est un masque géologique, peut-être même un volcan en sommeil qui respire encore.
La chevelure – ou est-ce une onde ? une végétation fossile ? – s’étend de chaque côté en grandes courbes qui rappellent à la fois les mouvements d’un tsunami et les ramures d’un arbre-monde. Ces lignes de force entraînent le regard dans une spirale hypnotique. La matière picturale y devient texture vivante : striée, griffée, suintante de fragments brillants.
Dans Chimère, Rhud donne un visage à l’informe, à l’instable, au vivant qui échappe aux catégories. C’est une divinité née de la collision entre la roche, l’eau, l’air et l’imaginaire — un esprit des éléments.